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@wishpride18 août

Affaire Z Machine : jusqu’où l’État peut-il décider de ce qu’une femme a le droit de désirer ?

**L’affaire Z Machine pose une question beaucoup plus profonde que celle des gang bangs : jusqu’où l’État peut-il protéger un adulte consentant contre ce qu’il a lui-même choisi de vivre ?** Le 15 juillet 2026, le Conseil d’État a annulé une ordonnance qui avait suspendu la fermeture administrative de l’établissement parisien exploité par Z Machine, société organisant notamment des rencontres sexuelles collectives. La décision ne prononce pas l’interdiction des gang bangs en France. Elle ne condamne pas non plus Z Machine pour viol ou proxénétisme. Elle intervient en référé, dans l’attente d’un jugement sur le fond. Mais derrière cette affaire très particulière se cache une question qui devrait concerner bien davantage que les seuls libertins : **Sommes-nous réellement libres de décider de ce que nous voulons faire de notre propre corps, dès lors que nous sommes adultes, informés et consentants ?** Parce qu’une partie du raisonnement du Conseil d’État mérite d’être discutée. ## Protéger le consentement, évidemment Commençons par ce qui ne devrait même pas faire débat. Un consentement signé à 20 heures n’est pas une autorisation valable jusqu’à minuit quoi qu’il arrive. Depuis la loi du 6 novembre 2025, le droit français précise que le consentement sexuel doit être libre, éclairé, spécifique, préalable **et révocable**. Il doit être apprécié en fonction des circonstances. Cela signifie qu’on peut avoir envie de vivre un fantasme très intense. On peut choisir une pratique BDSM. Une humiliation. Une domination. Une mise en scène de kidnapping. Une expérience de groupe. On peut même vouloir jouer avec l’illusion d’une perte totale de contrôle. Mais on conserve toujours le droit réel de dire : **« Là, j’arrête. »** C’est précisément là que certains éléments du dossier Z Machine posent une vraie question. Le Conseil d’État relève des événements réunissant parfois des groupes importants d’hommes, la participation possible des organisateurs eux-mêmes, des scénarios impliquant de la contrainte et certaines descriptions évoquant même le fait de faire boire une participante excessivement. Selon lui, ces conditions n’étaient pas entourées de garanties suffisantes pour assurer que le consentement reste réellement libre, éclairé et révocable. Sur ce point, difficile de crier à la police des mœurs. Lorsqu’une entreprise organise commercialement une expérience sexuelle, lui demander de garantir qu’une personne puisse réellement arrêter ce qui se passe paraît non seulement légitime, mais indispensable. Un safeword qui ne peut pas être utilisé ne sert à rien. Un formulaire signé ne remplace pas un consentement vivant. Et fantasmer la perte de contrôle ne signifie jamais perdre juridiquement le droit de reprendre le contrôle. ## Mais le Conseil d’État ne s’est pas arrêté là Et c’est ici que l’affaire devient beaucoup plus dérangeante. Quelques mois auparavant, le tribunal administratif de Paris avait suspendu la fermeture de Z Machine. Il avait notamment relevé les témoignages de clientes et l’existence, selon la société, d’une organisation permettant aux femmes de déterminer les conditions de l’expérience et d’en demander l’arrêt à tout moment. Il estimait donc qu’il existait un doute sérieux sur l’argument selon lequel ces pratiques porteraient nécessairement atteinte à leur dignité. Le Conseil d’État a considéré que ce raisonnement ne suffisait pas. Selon lui, le juge aurait dû rechercher si les conditions mêmes dans lesquelles certains événements étaient organisés pouvaient porter atteinte à la dignité humaine, **même lorsque la mise en scène avait été acceptée par les participantes**. Et cette différence est fondamentale. Nous ne parlons plus seulement de savoir si une personne était réellement consentante. Nous commençons à demander si certaines choses sont tellement dégradantes que **son consentement ne suffirait plus à les rendre acceptables**. C’est une frontière autrement plus inquiétante. ## Peut-on être volontairement « indigne » ? Imaginons une femme adulte. Elle connaît précisément le fantasme qu’elle souhaite vivre. Elle l’a demandé. Elle connaît les participants. Elle n’est ni manipulée, ni contrainte, ni incapable de changer d’avis. Elle peut interrompre l’expérience à tout moment. Et son fantasme consiste précisément à être dominée, insultée, attachée, utilisée symboliquement comme un objet ou placée au centre d’une expérience sexuelle collective. Ce désir pourra choquer. Il pourra sembler incompréhensible. Il pourra même mettre certaines personnes profondément mal à l’aise. Mais est-ce à l’État de lui expliquer que ce qu’elle souhaite vivre est incompatible avec **sa propre dignité** ? C’est là que le raisonnement devient, à nos yeux, extrêmement problématique. Parce que si la dignité devient une notion indépendante de la volonté de la personne concernée, où place-t-on exactement la limite ? Une séance BDSM particulièrement dure ? Une pratique de soumission ? Une humiliation consentie ? Un fantasme de séquestration ? Un consensual non-consent parfaitement encadré ? Un gang bang souhaité par une femme qui désire précisément être le centre de l’attention de plusieurs partenaires ? À partir de quel degré d’intensité notre sexualité devient-elle juridiquement trop « indigne » pour que nous puissions la choisir ? ## Un fantasme n’a pas besoin d’être respectable pour être libre C’est peut-être le cœur du problème. La liberté sexuelle ne devrait pas être réservée aux pratiques suffisamment douces, romantiques ou présentables pour rassurer ceux qui n’y participent pas. La liberté existe précisément lorsque nous avons également le droit de faire des choix que les autres ne comprennent pas. Une femme n’est pas nécessairement victime parce que son fantasme est violent. Elle n’est pas nécessairement aliénée parce qu’elle aime la soumission. Elle n’a pas nécessairement besoin qu’on lui explique ce qui serait bon pour elle parce qu’elle choisit une sexualité qui choque. Et un adulte ne perd pas son autonomie simplement parce que ses désirs ne correspondent pas à l’idée que la société se fait d’une sexualité respectable. C’est le paradoxe qui apparaît derrière cette affaire : **à force de vouloir protéger l’autonomie sexuelle des femmes, on risque parfois de commencer par leur retirer le droit de définir elles-mêmes leur sexualité.** Plusieurs associations féministes intervenues dans la procédure défendent évidemment une lecture différente. Elles considèrent qu’un « oui » apparent ne suffit pas et qu’il faut examiner le contexte, les rapports de pouvoir, les violences possibles et les conditions dans lesquelles le consentement est obtenu. Cet argument mérite d’être entendu. Oui : le consentement doit être interrogé. Oui : les rapports de pouvoir existent. Oui : certaines personnes peuvent accepter sous pression ce qu’elles ne désirent pas réellement. Mais reconnaître cela ne signifie pas que toute femme choisissant une pratique extrême doive être soupçonnée de ne pas savoir ce qu’elle veut. ## La dignité est-elle vraiment le bon outil ? C’est d’ailleurs l’une des critiques les plus intéressantes formulées autour de cette décision. La professeure de droit Muriel Fabre-Magnan, tout en considérant qu’il faut examiner ce à quoi une personne consent et dans quel contexte, s’est montrée réservée sur l’utilisation de la **dignité humaine** comme fondement permettant de limiter une liberté. Elle préfère des notions juridiques beaucoup plus précises, comme l’intégrité physique et psychologique ou les traitements inhumains ou dégradants. La distinction est capitale. Parce que l’intégrité peut se vérifier. Le consentement peut être encadré. La sécurité peut être organisée. Une violence réelle peut être sanctionnée. Une impossibilité de dire stop peut être constatée. Mais la « dignité » ? Qui décide de ce qui est digne ? Le juge ? Le préfet ? Les associations ? Les voisins ? La majorité ? Ou la personne qui dispose de son propre corps ? Le Conseil d’État a donné à cette affaire un intérêt jurisprudentiel particulier : dans son analyse officielle, il indique désormais que le juge doit examiner si les conditions concrètes d’une activité peuvent **par elles-mêmes** porter atteinte à la dignité de la personne humaine. La décision est mentionnée aux tables du Recueil Lebon. Il serait donc excessif de prétendre que rien ne s’est passé. ## Z Machine n’est pas « le libertinage » Il faut aussi refuser une autre simplification. Cette décision n’interdit pas les gang bangs. Elle n’interdit pas le BDSM. Elle n’interdit pas les fantasmes de contrainte. Elle ne signifie pas que les clubs libertins deviennent illégaux. Le Conseil d’État examine les **conditions concrètes** propres aux activités de Z Machine. Plusieurs juristes soulignent d’ailleurs cette différence avec la célèbre jurisprudence du « lancer de nain », dans laquelle l’activité elle-même avait été considérée contraire à la dignité. Et certaines pratiques décrites dans le dossier justifient réellement de poser des questions de sécurité et de consentement. Défendre la liberté sexuelle ne demande donc pas de transformer Z Machine en martyr irréprochable. Ce serait passer à côté du véritable débat. Le véritable débat est celui-ci : **l’État doit-il empêcher une personne de subir ce qu’elle ne veut pas — ou peut-il également l’empêcher de vivre ce qu’elle veut réellement ?** La première mission est essentielle. La deuxième devrait nous rendre extrêmement prudents. ## Notre corps, nos limites… et aussi nos fantasmes Chez WishPride, nous défendons une idée simple. Un adulte doit pouvoir parler de ses désirs sans honte. Il doit pouvoir avoir des fantasmes conventionnels ou dérangeants, romantiques ou crus, doux ou extrêmes. Et tant que les personnes concernées sont adultes, informées, réellement consentantes, capables de retirer leur consentement et protégées contre les violences qu’elles n’ont pas choisies, **nous pensons que le droit devrait laisser une très grande place à leur liberté.** Être libre de fantasmer ne signifie jamais renoncer au droit de dire stop. Mais protéger notre droit de dire stop ne devrait pas devenir le prétexte permettant de nous dire ce que nous avons le droit de désirer. Une société libre doit pouvoir tenir ces deux idées en même temps. **Personne ne peut décider à notre place que nous avons consenti.** Mais personne ne devrait trop facilement décider à notre place que ce que nous avons librement choisi est « indigne » pour nous. Parce qu’au fond, l’affaire Z Machine pose peut-être une question beaucoup plus importante que celle des gang bangs : **Qui doit avoir le dernier mot sur la dignité sexuelle d’une femme ?** L’État ? Ou elle-même ? #consentement #libertesexuelle

Graphique de publication WishPride rose avec une personne en blazer noir et un grand texte citant le consentement d’une femme et la question de savoir si l’État peut dire « non ».
Image de poster WishPride montrant une personne en costume sombre assise sur une chaise rouge, tenant un dossier marqué « MON CHOIX », avec un texte sur l’arrêt du consentement et l’âge adulte.
Graphique WishPride sur le consentement avec un dôme en verre et un bouton rouge « STOP », plus un texte sur un consentement qui peut être révoqué à tout moment.
Affiche éditoriale WishPride dans un intérieur luxueux, avec une personne en robe noire tenant une clé près d’une porte rouge marquée « INTERDIRE », et un texte sur la protection du droit de dire non.

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