Affaire Wyylde : le libertinage ne peut pas servir d’alibi à la violence et aux viols
Ils n’étaient pas libertins. Le libertinage était leur alibi L’expression commence déjà à circuler : celle des « viols libertins ». Pourtant, ces deux mots ne devraient jamais être associés. Un viol n’est pas une pratique libertine qui aurait dérapé. Ce n’est pas une soirée devenue trop intense, un fantasme poussé trop loin ou une expérience dont les limites auraient été mal comprises. Un viol est un crime. Dès que le consentement disparaît, il ne reste plus rien de libertin. L’affaire actuellement instruite est d’une gravité exceptionnelle. Dix-neuf hommes ont été mis en examen dans un dossier concernant six femmes. Selon les éléments rendus publics, certaines rencontres auraient été organisées avec des participants recrutés sur Wyylde. Des scènes aujourd’hui examinées comme des violences sexuelles auraient également été filmées et, dans certains cas, diffusées en direct sur la plateforme. La justice devra déterminer les responsabilités précises de chacun. Les personnes mises en examen bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’elles n’ont pas été jugées. Cette exigence juridique n’interdit toutefois ni de mesurer la gravité des accusations ni d’écouter les femmes qui ont dénoncé les faits. Leur parole doit rester au centre de cette affaire. Une sexualité libre n’est jamais un consentement permanent Les femmes concernées ne doivent pas être jugées à partir de leur vie intime, de leurs pratiques ou de leur présence sur une plateforme libertine. Une femme peut avoir accepté des expériences collectives et refuser une nouvelle rencontre. Elle peut consentir à une pratique puis demander qu’elle cesse. Elle peut accepter d’être regardée sans vouloir être touchée, accepter une relation sans accepter d’être filmée ou autoriser un enregistrement sans consentir à sa diffusion. Le consentement ne se déduit ni d’un profil, ni d’une tenue, ni d’un fantasme exprimé auparavant. Il doit être libre, spécifique et réversible. Un oui prononcé hier ne vaut pas pour aujourd’hui. Un accord donné à une personne ne s’étend pas automatiquement à toutes les autres. Cette distinction est essentielle, particulièrement dans les milieux où la sexualité peut être plus visible, collective ou transgressive. La liberté sexuelle ne retire aucun droit. Elle ne rend pas une personne moins crédible lorsqu’elle dénonce une violence. La question n’est jamais de savoir si une femme était libertine, curieuse, expérimentée ou présente volontairement au début d’une soirée. La seule question est de savoir si elle consentait librement à ce qui lui était imposé à cet instant précis. Le libertinage ne peut pas servir de couverture Si les accusations sont confirmées, les hommes impliqués ne pourront pas se présenter comme des libertins ayant simplement pratiqué une sexualité plus extrême que les autres. Le libertinage repose sur la liberté de toutes les personnes présentes. Il ne peut pas exister sous l’emprise, la peur, la pression, l’épuisement ou l’incapacité de réagir. Les mots « fantasme », « partage », « soumission » ou « lâcher-prise » ne peuvent pas transformer une contrainte en pratique consentie. Une personne qui refuse d’entendre un non, qui profite d’une incapacité à réagir ou qui impose une situation par la pression n’est pas en train d’explorer une forme de liberté sexuelle. Elle la détruit. Le libertinage n’aurait donc pas été la cause des faits dénoncés. Il aurait été utilisé comme un décor, un vocabulaire et peut-être un alibi permettant de normaliser des comportements qui n’avaient rien à voir avec lui. C’est pourquoi parler de « viols libertins » est dangereux. Cette expression risque de présenter le crime comme une dérive naturelle du milieu, alors qu’il s’agit précisément de sa négation. Ne pas condamner tout un milieu Cette affaire va inévitablement alimenter les préjugés visant les personnes libertines, échangistes ou simplement curieuses. Pourtant, des femmes, des hommes, des couples, des personnes célibataires et des personnes LGBT+ vivent chaque jour une sexualité non conventionnelle dans le respect de leurs partenaires. Leurs pratiques peuvent s’éloigner des normes dominantes sans être violentes ou dégradantes. On ne définit pas tous les couples à partir des violences conjugales. On ne réduit pas toutes les fêtes aux agressions qui peuvent s’y produire. De la même manière, le libertinage ne doit pas être résumé par les actes d’une minorité. Cela ne signifie pas que ce milieu serait naturellement protégé contre les violences. Aucun espace ne l’est. Des personnes dangereuses peuvent utiliser Facebook, Instagram, X, des applications de rencontre, des messageries privées, des clubs ou des plateformes spécialisées pour approcher leurs victimes et organiser leurs actes. Un réseau social ne crée pas à lui seul le désir d’agresser. Même sans Wyylde, des individus déterminés à commettre des violences auraient pu chercher d’autres moyens de se rencontrer et de recruter des participants. Mais cette réalité ne suffit pas à écarter toutes les questions concernant la plateforme. Wyylde n’est pas l’auteur des crimes, mais doit répondre de ses outils Dans cette affaire, Wyylde n’aurait pas uniquement servi à une première prise de contact. Selon les informations publiées, la plateforme aurait été utilisée pour recruter certains participants, organiser des rencontres, partager des contenus et diffuser des scènes en direct. Une enquête distincte du parquet de Paris doit désormais déterminer ce que l’entreprise savait, ce qu’elle pouvait détecter et la manière dont elle a réagi. Il serait injuste de faire de Wyylde l’auteur des violences à la place des personnes soupçonnées de les avoir organisées ou commises. La responsabilité première appartient toujours à ceux qui imposent les actes et à ceux qui y participent en connaissance de cause. Mais une plateforme spécialisée dans les rencontres adultes ne peut pas non plus se présenter comme un simple espace technique sans responsabilité particulière. Lorsqu’un service propose des événements, des albums intimes et des diffusions en direct, il doit anticiper des risques spécifiques : images publiées sans autorisation, personnes filmées à leur insu, emprise conjugale, violences visibles ou détournement des outils pour organiser des faits criminels. Des témoignages d’anciennes salariées ont soulevé des interrogations sérieuses sur les moyens consacrés à la modération et sur le traitement de certaines alertes. Ces affirmations doivent encore être vérifiées par la justice. Elles justifient cependant que des réponses précises soient demandées. Combien de personnes surveillaient réellement les diffusions ? Quelles consignes étaient données lorsqu’une personne semblait inconsciente ou en détresse ? Les signalements étaient-ils conservés et transmis ? À quel moment la direction était-elle informée ? Demander ces réponses n’est pas désigner Wyylde comme coupable avant l’enquête. C’est rappeler qu’une entreprise doit assumer les responsabilités correspondant aux services qu’elle met à disposition. Défendre le libertinage sans fermer les yeux Le milieu libertin aurait tort de répondre à cette affaire uniquement en affirmant que ces hommes ne le représentent pas. Ils ne le représentent pas. Mais cela ne doit pas empêcher une réflexion sur les mécanismes qui peuvent permettre à des prédateurs d’utiliser les codes de la liberté sexuelle pour dissimuler la contrainte. Défendre le libertinage ne consiste pas à protéger son image à tout prix. Cela consiste à écouter les personnes qui dénoncent des violences, à exclure ceux qui franchissent les limites et à exiger des plateformes comme des établissements des procédures réellement protectrices. Cela implique de prendre au sérieux un changement d’attitude, une personne qui se fige, qui ne répond plus, qui paraît épuisée ou qui demande que la scène s’arrête. Une absence de résistance n’est pas un consentement. Un doute sérieux doit conduire à interrompre, vérifier et protéger, jamais à continuer. La priorité doit aujourd’hui aller aux femmes qui ont trouvé la force de parler et à toutes les personnes susceptibles d’avoir subi des violences sous couvert de pratiques dites libertines. Elles n’ont pas à porter la culpabilité des actes qui leur auraient été imposés. Et l’ensemble d’une communauté n’a pas à porter celle des hommes qui auraient détourné ses codes. Le libertinage ne signifie pas l’absence de règles. Il repose au contraire sur une exigence absolue : la liberté de toutes les personnes présentes. Sans consentement, il n’y a ni jeu, ni fantasme, ni libertinage. Il y a de la violence. #consentement #violencessexuelles #libertinageresponsable #soutienauxvictimes





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