Sextoys sur mesure et fantasmes, INTERVIEW de Sylvain de You&Me FrenchToys
YOU&ME FRENCHTOYS
« La qualité de l’écoute est aussi importante que la qualité du produit. »
De la mécanique automobile au désir sur mesure
1. De la mécanique à une idée très personnelle
Certains hommes préfèrent lui écrire sur WhatsApp plutôt que de l’appeler. Ils veulent parler de plaisir anal, mais redoutent parfois ce que cette curiosité pourrait dire d’eux. Sylvain reçoit ces questions dans le cadre de son activité de fabricant. Il y répond en parlant de sensations, de confort et, parfois, de sa propre sexualité.
Avant ces échanges, il y a eu une première réplique intime, fabriquée pour sa copine de l’époque qui partait en Australie. Puis une crise dans son activité automobile, et l’idée de mettre l’impression 3D au service d’autres objets.
Ingénieur motoriste de formation, Sylvain continue de diriger sa première entreprise. Avec You&Me FrenchToys, il a ouvert un autre terrain de création. Dans ce portrait, les matériaux et les moules côtoient donc des questions moins techniques. Comment écouter une envie sans lui coller d’étiquette ? Pourquoi le sur-mesure ne consiste-t-il pas toujours à faire plus grand ? Et jusqu’où aller quand quelqu’un vous confie quelque chose de très intime ?
1. Tu es ingénieur motoriste de formation et tu diriges toujours ton activité automobile. Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer aussi dans les sextoys, et qu’as-tu gardé de ton premier métier dans ta manière de les concevoir ?
Ma première entreprise est axée sur l’optimisation moteur dans le secteur de l’automobile. L’augmentation de puissance et la conversion E85 sont nos principales prestations, proposées par une petite soixantaine de franchisés un peu partout dans le pays.
En 2023, nous avons traversé une grosse crise liée à l’E85 et beaucoup souffert financièrement. Ça m’a permis de me remettre en question. Malgré un business établi depuis quinze ans, rien n’est acquis. J’avais donc envie de développer autre chose, totalement indépendant de l’automobile.
À cette époque, on travaillait déjà beaucoup sur l’impression 3D pour fabriquer des pièces automobiles. J’ai été bluffé par les progrès de cette technologie, et une vieille idée m’est revenue. Je me suis dit que j’allais pouvoir développer un système de moules en impression 3D pour faire du made in France à prix abordable.
Cette idée a une histoire bien antérieure à la marque. Pour la raconter, Sylvain revient à ses vingt ans et reprend les mots de sa copine de l’époque.
2. Bien avant ta marque, tu avais fabriqué une première réplique intime pour ta compagne de l’époque, qui partait en Australie. Peux-tu me raconter ? Et avec le recul, qu’est-ce que cet objet représentait pour toi, au-delà du défi de le fabriquer ?
Ça remonte à mes vingt ans. Ma copine de l’époque partait en Australie pour ses études. Avant son départ, elle m’a dit « Oh là là, c’est si loin, ta bite va me manquer… » Désolé, je cite ! Je lui ai répondu « Effectivement, l’Australie, c’est quand même un peu loin. » Et elle m’a dit « Bon et bien, tu n’as qu’à faire une réplique de ta bite. » Je l’ai pris au pied de la lettre…
Je n’avais pas de moyens techniques adaptés et, à l’époque, il n’existait pas tous les kits de clonage qu’on trouve aujourd’hui. J’ai fait ça à l’ancienne, avec de l’alginate, une sorte de gelée végétale qui permet de prendre des empreintes corporelles, puis en coulant du plâtre pour faire le « master ».
L’objet final était en latex. Le silicone était trop complexe à mettre en œuvre à l’époque. Je le lui ai offert. Surprise mais ravie, elle est partie avec. Et elle n’est d’ailleurs jamais revenue, hahaha !
Aujourd’hui, nous préparons notre développement en Australie, et c’est forcément très particulier pour moi ! On travaille sur la partie juridique avec les comptables et les avocats locaux. Je pense que ce sera en place au début de l’année 2027.
Cette première création répondait à une demande privée. Lorsque l’idée devient une activité professionnelle, il faut la raconter à d’autres. Les collègues et les proches ne réagissent pas tous avec le même enthousiasme.
3. Tu racontes que certains proches et collègues ont eu du mal à croire à ce projet. Comment as-tu vécu leur regard sur ce nouveau métier lié à la sexualité, et qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?
Au début, ça n’a pas été facile. Quand j’ai présenté le projet à mes collègues, ils se sont dit « Ça y est, le patron a complètement tourné la carafe. »
Dans mon entourage, certaines personnes trouvaient l’idée géniale, tandis que d’autres la trouvaient très surprenante, pour rester poli, et n’y croyaient pas du tout. Il faut dire aussi que c’est un secteur où la concurrence est importante. J’ai malgré tout persévéré et, aujourd’hui, je pense leur avoir démontré que le pari était loin d’être absurde. Ceux qui avaient du mal à y croire au départ se ravisent. C’est surprenant, mais ça fonctionne.
Encore aujourd’hui, certaines personnes hallucinent quand je leur explique que j’ai une activité dans l’automobile et une autre dans les jouets pour adultes. Mais maintenant que l’activité fonctionne et qu’elle s’est structurée, c’est beaucoup plus simple de leur faire comprendre que, finalement, c’est un business comme un autre.
2. La qualité ne s’arrête pas au choix d’une matière
La réussite rend le projet plus facile à expliquer. Elle ne répond pas, à elle seule, à une autre question posée par ce métier. L’objet est destiné au corps. Dans ses réponses, Sylvain insiste autant sur le choix des matières que sur la façon de concevoir les modèles.
4. Dans tes messages, tu reviens souvent sur la qualité du silicone et la sécurité des personnes qui utiliseront tes jouets. Quelles recherches et quels essais t’ont conduit à choisir tes matériaux ? Y a-t-il une découverte qui a particulièrement changé ta manière de fabriquer ?
Lorsque j’ai lancé le projet, l’un de mes objectifs majeurs était de proposer un produit réellement sûr pour le corps. Je tenais à aller au-delà du minimum requis.
Le silicone s’est naturellement imposé comme la matière de référence. Il est doux, souple, très résistant et chimiquement neutre, et parfaitement adapté à ce type d’utilisation. Nous travaillons exclusivement avec des fabricants dont les silicones sont testés par des laboratoires indépendants, afin de garantir un niveau de qualité et de sécurité constant.
Reste à préciser ce que recouvre cette exigence. Je lui ai donc demandé comment elle se traduit au-delà du choix d’une matière, dans la composition, la conception et le suivi de la fabrication.
5. Tu évoquais le manque de normes imposées dans ce secteur. La norme internationale ISO 3533:2021 existe depuis 2021, mais reste d’application volontaire. Quelle place lui donnes-tu dans ton travail ? Et au-delà du mot « safe », quels essais ou documents permettent de vérifier la sécurité de tes jouets finis, avec leurs colorants et finitions, et pas seulement celle du silicone de départ ?
Après avoir étudié l’ISO 3533:2021, nous avons intégré ses principaux critères dès la conception de nos produits. La composition de nos jouets est volontairement très simple, environ 99 % de silicone platine et 1 % de pigments. Le silicone utilisé ainsi que nos colorants disposent de données de biocompatibilité ISO 10993, afin que chaque composant en contact avec le corps soit sélectionné sur des critères de sécurité documentés.
Les analyses de laboratoire dont je parle sont disponibles chez mes fournisseurs de silicone. Elles portent sur les matières premières, pas sur les jouets finis. Les combinaisons de silicones et de couleurs étant quasiment infinies, il faudrait valider des centaines de combinaisons. Globalement, on mélange des matières premières qui sont toutes elles-mêmes certifiées.
Nous avons également travaillé sur les risques liés à la conception elle-même. Pour les usages anaux, par exemple, tous nos modèles disposent soit d’une base suffisamment large pour limiter le risque de rétention, soit d’un système permettant leur récupération, comme la chaîne présente sur certains de nos modèles.
Au-delà des matières premières, nous assurons également la traçabilité des composants et des lots de fabrication et nous intégrons une analyse des risques à la conception de nos modèles.
L’ISO 3533 restant une norme d’application volontaire, notre démarche consiste surtout à l’utiliser comme référentiel de conception et de sécurité, plutôt que comme un simple argument marketing.
3. Chercher une sensation, pas une performance
Un diamètre, une longueur, une fermeté. Les critères paraissent concrets. Pourtant, Sylvain décrit le début du sur-mesure comme un échange autour d’une sensation parfois difficile à nommer. Il faut pouvoir parler de ce que l’on recherche, mais aussi de ce qui ne convient pas.
6. Tu proposes de personnaliser les formes, les tailles et les fermetés. Comment passes-tu d’une envie parfois difficile à décrire à un jouet adapté aux sensations et au confort recherchés, sans réduire le plaisir à une question de taille ou de performance ?
Là, tu parles de notre capacité à produire des godes 100 % custom. Avec une gamme de plus de cinquante modèles différents, ce sont finalement des demandes assez rares, mais elles sont toujours intéressantes parce qu’elles obligent à aller plus loin dans l’échange avec le client.
On commence généralement par comprendre ce qu’il recherche réellement, le type de sensations, la fermeté souhaitée, la forme, le diamètre, la longueur utile, mais aussi son expérience et ce qui lui convient déjà ou, au contraire, ce qu’il souhaite éviter.
L’objectif n’est pas simplement de fabriquer « plus gros » ou « plus long ». Une différence de courbure, de progression de diamètre, de texture ou de souplesse peut avoir beaucoup plus d’impact sur les sensations qu’un simple changement de taille.
On essaie donc de traduire une envie parfois assez subjective en critères techniques concrets, puis de proposer quelque chose de cohérent en termes de confort et d’usage. Notre expérience sur les différents silicones et sur les nombreuses géométries déjà présentes dans la gamme nous permet aussi d’orienter le client quand sa demande initiale risque de ne pas donner le résultat qu’il imagine.
Le sur-mesure, pour nous, c’est surtout créer un jouet réellement adapté à une personne et à ses sensations, pas chercher une logique de performance.
4. Le plaisir n’a pas besoin d’étiquette
D’une forme qui conviendrait à une envie que l’on ose exprimer, la distance peut être grande. Dans ses échanges avec les hommes qui s’intéressent au plaisir anal, Sylvain rencontre des questions qui dépassent la fiche technique.
7. Quand des hommes te parlent de plaisir anal, quelles curiosités ou hésitations reviennent dans leurs questions ? Certains évoquent-ils la peur d’être jugés ou de se voir coller une étiquette ?
Oui, clairement. Beaucoup d’hommes sont encore très gênés d’aborder le sujet directement et préfèrent nous contacter par mail ou WhatsApp plutôt que d’appeler. Le fait d’avoir cet intermédiaire crée une sorte de distance qui les rassure et leur permet de poser plus librement leurs questions.
Il y a encore beaucoup d’idées reçues autour du plaisir anal masculin, et certains ont peur que cela remette en cause leur image, leur virilité ou leur orientation sexuelle. Pourtant, dans les échanges, on voit surtout de la curiosité et l’envie de découvrir de nouvelles sensations.
Dans ces cas-là, je parle assez naturellement de mon expérience personnelle. Je suis hétérosexuel, mais j’apprécie le plaisir prostatique et on teste nos créations avec ma femme, aussi bien sur elle que sur moi. Cela me permet de répondre sans jugement, avec un retour concret sur les sensations, le confort et l’usage réel des produits.
Je pense que le plus important est de dédramatiser le sujet. Le plaisir anal n’a pas besoin d’être associé à une étiquette. C’est simplement une forme de plaisir parmi d’autres, et chacun devrait pouvoir l’explorer sans avoir à se justifier.
Cette fois, le fabricant ne reste pas derrière sa fiche produit. Il raconte ce qu’il apprécie lui-même et les essais qu’il partage avec sa femme. Dans les échanges qu’il reçoit, cette liberté de parler n’est pourtant pas toujours aussi simple à trouver au sein du couple.
8. Dans les échanges avec tes clients, qu’est-ce qui te frappe dans la manière dont les couples parlent de leurs envies et de leurs achats ?
En couple, que ce soit pour madame ou monsieur, il y a souvent de gros décalages dans les envies de chacun. Il est courant que certains cachent leur achat à leur conjoint ou n’osent pas en parler et jouer à deux. C’est dommage.
5. Des demandes atypiques aux mondes imaginaires
Les créations les plus éloignées des modèles classiques ont parfois une histoire très personnelle. Celle qu’il raconte ici a été un déclencheur créatif. Mais Sylvain évoque aussi la détresse qu’il dit avoir entendue et le retour de la cliente qui l’avait sollicité.
9. Quelle est la demande sur mesure la plus inattendue que tu aies reçue ? Tu m’as notamment parlé d’un jouet d’inspiration équine. Sans donner de détails permettant d’identifier la personne, comment as-tu relevé ce défi de création ?
Une cliente m’a parlé de pulsions qu’elle disait ne pas maîtriser, liées à la zoophilie équine. Elle voulait arrêter de passer à l’acte et cherchait une compensation avec un jouet vraiment réaliste, mais anatomiquement plus adapté.
On a développé pour elle un jouet équidé avec les caractéristiques qu’elle souhaitait, aussi bien en termes de forme que de taille. C’était une demande qui m’a beaucoup touché, car j’ai vraiment senti une sorte de détresse dans sa voix. J’étais ravi quand elle m’a rappelé pour me dire que le jouet lui plaisait beaucoup.
C’était une demande très atypique, mais elle a aussi été un déclencheur créatif pour nous. À partir de là, on a commencé à développer davantage de modèles fantaisie et d’inspiration animale, comme le Loup-Garou, le Bamby ou l’EquusLupus.
Et finalement, ces modèles rencontrent beaucoup de succès. Il y a un vrai public pour des formes plus originales, plus imaginatives, parfois très éloignées du réalisme classique. Je préfère d’ailleurs parler de goûts atypiques ou de fantasmes originaux plutôt que de choses « tordues ». Tant que cela reste entre adultes consentants et dans un cadre sûr, chacun est libre d’explorer ce qui lui plaît.
Aujourd’hui, notre catalogue compte davantage de modèles fantaisie que de modèles réalistes.
L’anecdote raconte l’origine d’une partie de la gamme, pas les motivations de tous ceux qui la choisissent. Quand Sylvain revient aux créations fantaisie, il parle aussi d’univers fantastiques, d’esthétique et du plaisir de posséder un objet qui ne ressemble à rien de réel.
10. Tu développes aussi des créations imaginaires, loin des modèles réalistes. D’après ce que tes clients t’en disent, quelle place leur univers et leur esthétique prennent-ils dans le désir, au-delà des sensations recherchées ?
Sur les modèles fantaisie, l’esthétique compte énormément. Certains clients ne cherchent pas simplement une forme qui procure une sensation particulière. Ils aiment aussi l’univers qui va avec, le côté créature, fantastique, monstrueux ou complètement irréaliste. C’est typiquement le cas de notre gode « Alien » ou « Hentai ». Le jouet devient presque un objet de fantasme à part entière.
La couleur, les textures, les proportions ou simplement le fait qu’il ne ressemble à rien de réel participent autant à l’expérience que sa forme fonctionnelle.
C’est aussi ce qui rend cette gamme très intéressante à créer. On peut beaucoup plus se libérer des contraintes anatomiques et travailler des formes qui seraient impossibles sur un modèle réaliste. Certains clients achètent d’ailleurs presque autant pour l’objet et son esthétique que pour son utilisation.
6. L’ouverture n’efface pas les limites
Les formes imaginaires ouvrent des possibilités de création. Elles n’annulent pas les contraintes d’usage. Sylvain ne présente pas son rôle comme celui d’un exécutant qui donnerait systématiquement raison au client. Il tient aussi à pouvoir proposer autre chose.
11. Tu tiens à accueillir les envies sans jugement. Qu’est-ce qui peut t’amener à adapter une demande ou à dire non, et comment l’expliques-tu à la personne ?
Je ne juge pas une envie parce qu’elle est inhabituelle. En revanche, je peux refuser ou modifier une demande si je considère qu’elle présente un risque à l’usage, qu’elle n’est pas techniquement réalisable correctement ou qu’elle implique quelque chose avec lequel je ne souhaite pas être associé.
Il arrive aussi qu’un client imagine une forme ou une dimension qui semble intéressante sur le papier mais qui, une fois transposée en silicone, serait finalement inconfortable ou difficile à utiliser. Dans ce cas, je préfère lui expliquer pourquoi et proposer une alternative plutôt que fabriquer exactement ce qu’il demande en sachant que le résultat risque d’être mauvais.
Le but du sur-mesure n’est pas de dire oui à tout. C’est de comprendre l’envie derrière la demande et de trouver la meilleure manière de la rendre réalisable, confortable et sûre.
« Le but du sur-mesure n’est pas de dire oui à tout. »
Il se réserve le droit de modifier une demande. L’échange peut pourtant le déplacer, lui aussi. Ses clients apportent des idées qu’il n’aurait pas eues et, lorsqu’il teste les créations, certaines sensations le surprennent.
12. Tu passes beaucoup de temps à donner forme aux envies des autres. Est-ce qu’une idée proposée par un client a déjà éveillé ta propre curiosité, au-delà du défi de fabrication ?
Oui, forcément. Quand on échange autant avec des personnes qui ont des pratiques, des envies et des sensibilités très différentes, certaines idées auxquelles on n’aurait jamais pensé soi-même peuvent éveiller la curiosité.
Il m’est déjà arrivé de développer un modèle à partir d’une demande client, de le tester ensuite dans le cadre du développement produit et de découvrir qu’une forme ou une sensation que je n’aurais pas spontanément recherchée était finalement très intéressante.
C’est aussi ce que j’aime dans ce métier. Il y a constamment des échanges dans les deux sens. Les clients nous apportent des idées, nous les transformons techniquement, et parfois cela ouvre ensuite de nouvelles pistes pour toute la gamme.
7. Garder le contact, laisser le choix
Derrière le développement en magasins et les projets à l’étranger, une question demeure. Si la marque prend de l’ampleur, qui répondra à la personne qui n’ose pas appeler ? Sylvain donne à cette proximité une place aussi importante que la fabrication elle-même.
13. Tu m’as parlé d’une petite équipe, du développement en magasins et de projets à l’international. À mesure que You&Me grandit, qu’est-ce que tu veux absolument préserver dans la relation avec les personnes qui te confient leurs envies ?
Je veux absolument préserver le contact direct. Aujourd’hui, quand quelqu’un nous écrit avec une question très précise ou parfois très personnelle, il échange réellement avec des personnes qui connaissent les produits, leur fabrication et leur utilisation.
Je ne veux pas que You&Me devienne une marque où le client se retrouve uniquement face à des réponses automatiques ou à un service client qui récite une fiche produit. Dans notre domaine, les gens nous confient parfois des choses très intimes, et la qualité de l’écoute est aussi importante que la qualité du produit.
Même si la marque grandit et se développe à l’étranger, j’aimerais conserver cette proximité, pouvoir conseiller honnêtement, dire quand un produit n’est probablement pas adapté, orienter vers une autre taille ou une autre fermeté et rester accessible.
Pour moi, cette relation humaine fait partie de l’identité de You&Me autant que le fait de fabriquer nos produits nous-mêmes.
Au début de son histoire, il prend au pied de la lettre une envie exprimée par sa copine. Au moment de conclure, il rappelle aussi l’autre possibilité. On peut parler d’une envie sans vouloir la réaliser. La conversation n’oblige pas à transformer chaque curiosité en expérience.
14. Après tout ce que ce métier t’a fait découvrir, qu’aimerais-tu dire à une personne qui a une envie mais n’ose pas encore la formuler, même à son ou sa partenaire ?
Je lui dirais déjà qu’avoir une envie ou une curiosité ne l’oblige absolument pas à la réaliser. Mais pouvoir mettre des mots dessus permet souvent de mieux comprendre ce que l’on recherche réellement.
On se rend compte, en parlant quotidiennement avec nos clients, que beaucoup de fantasmes que les gens pensent être extrêmement particuliers sont finalement beaucoup plus courants qu’ils ne l’imaginent. Dans un couple, en parler peut aussi être beaucoup plus simple qu’on ne le redoute. L’important est de pouvoir exprimer une envie sans l’imposer à l’autre, et de laisser à chacun la liberté d’être curieux, intéressé ou non.
Et si la personne n’est pas encore prête à en parler à son ou sa partenaire, elle peut déjà prendre le temps de comprendre cette envie pour elle-même, sans honte et sans obligation de se mettre une étiquette. À partir du moment où tout reste entre adultes consentants, dans le respect de chacun et dans un cadre sûr, il n’y a pas de raison de considérer une curiosité comme quelque chose dont il faudrait avoir honte.
Le récit avait commencé par une réplique offerte avant un départ. Il se referme sur le droit de garder une curiosité pour soi. Entre les deux, Sylvain a parlé de silicone, de sensations, d’images et de mots parfois difficiles à partager. Ce qu’il souhaite garder en grandissant n’est pas seulement un savoir-faire. C’est la possibilité, pour la personne qui écrit, de trouver quelqu’un qui lui répond vraiment.
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